Quand Christopher Lee était témoin de la dernière exécution publique en France... - Actus Ciné

Quand Christopher Lee était témoin de la dernière exécution publique en France… – Actus Ciné

Il y a six ans nous quittait le grand Christopher Lee, à l’âge vénérable de 93 ans. Légende du 7e Art aux rôles iconiques, l’acteur a aussi eu une vie qui s’est confondue plus d’une fois avec la grande Histoire. Voici quelques exemples.

AV PRESS / BESTIMAGE

Pour les plus cinéphiles, il fut l’incarnation même du Comte Dracula dans les classiques de l’épouvante de la Hammer. Inoubliable Scaramanga dans L’homme au pistolet d’or face à l’agent 007, Christopher Lee est aussi passé à la postérité — du moins auprès des jeunes générations — pour son incarnation du sorcier Saroumane dans la saga fleuve du Seigneur des Anneaux, chez Peter Jackson.

Acteur prolifique à la voix si grave et distinguée affichant au compteur plus de 230 rôles rien que pour le cinéma, ce géant d’1m98, grand fan de musique metal devant l’éternel au point même d’enregistrer un album de metal symphonique en 2010 à l’âge de 87 ans, était un authentique touche-à-tout. Acteur bien sûr, mais aussi producteur, orateur, musicien, chanteur d’opéra, et même photographe.

Nous quittant à l’âge vénérable de 93 ans en 2015, Christopher Lee a eu une vie qui s’est confondue plus d’une fois avec la grande Histoire; témoin et parfois acteur de tranches de vie incroyables. Voici quelques exemples.

Il fut témoin de la dernière exécution publique en France

Le 17 juin 1939, à Versailles, un meurtrier d’origine allemande, Eugen Weidmann, âgé de 31 ans, est condamné à mort pour six assassinats commis en France, avec l’aide de trois complices. Des crimes crapuleux visant à détrousser les victimes, parfois pour des sommes dérisoires.

L’échaffaud est prévu devant les portes de la prison Saint-Pierre, dans le centre de Versailles. L’exécution est publique : depuis plusieurs heures, les gens ont déjà commencé à se rassembler, entre les journalistes et photographes qui jouent des coudes pour être aux premières loges du spectacle; les simples curieux, et, déjà, les partisans de l’abolition de la peine de mort.

D’ordinaire, les exécutions se font à l’aube. Mais en ce jour du 17 juin 1939, le soleil est déjà très haut. C’est qu’un grain de sable est venu contrarier un déroulé jusque-là plutôt immuable. Une erreur, à moins qu’il ne s’agisse d’un désaccord entre le bourreau dénommé Jules-Henri Desfourneaux et le procureur de Versailles au sujet de l’heure de l’exécution, cause un retard de 45 minutes. Lorsque Weidmann paraît devant la foule, il est mitraillé par les photographes et même abondamment filmé, ce qui en fera la plus grande série d’images d’une exécution jamais réalisée.

Voici un extrait filmé de l’exécution… Et dire que là, quelque part dans la foule, se trouve le futur interprète de Saroumane…

 

Très agitée, la foule parvient même à déborder le service d’ordre. Parmi elle, un jeune adolescent britannique est aux premières loges de la funeste scène : Christopher Lee. Alors âgé de 17 ans, le futur acteur a été amené par un journaliste ami de sa famille, sans savoir vraiment ce qui l’attendait…

L’intéressé a raconté la scène dans son autobiographie, Le Seigneur du désordre. Décrivant la “puissante vague de hurlements et de cris perçants” qui s’élève de la foule à l’arrivée du condamné, Lee confiait n’avoir pas pu lui-même regarder l’exécution, détournant le regard; évoquant aussi les spectateurs qui “s’étaient rués vers le cadavre en poussant des cris horribles. Certains n’avaient pas hésité à tremper mouchoirs et foulards dans le sang répandu sur le pavé, en guise de souvenir”. En 1998, déjà, au micro de France Culture, il évoquait dans un français parfait (il était polyglotte) ce souvenir qui hantera sa mémoire. “J’ai tourné la tête, mais j’ai entendu”, en imitant le bruit du couperet qui tombe sur la tête du condamné.

Cette exécution publique vire au scandale politique. Tellement que le 24 juin 1939, le président du Conseil Édouard Daladier promulguera un décret-loi supprimant les exécutions capitales publiques, après celle d’Eugène Weidmann. Celles-ci devront se dérouler dans l’enceinte des prisons à l’abri des regards de la foule. L’affichage à l’entrée du lieu d’exécution pendant une durée de 24h de la copie du procès-verbal d’exécution du condamné restera désormais la seule publicité légalement autorisée.

Il a rencontré l’assassin de Raspoutine !

Comme une savoureuse et macabre ironie, bien des années avant qu’il ne prête ses traits à Raspoutine, le moine fou en 1965, un de ses fameux rôles, Christopher Lee a eu l’occasion de rencontrer durant sa jeunesse celui qui assassina le moine fanatique un soir de décembre 1916 : le prince Félix Ioussoupov, époux de la grande-duchesse Irina Alexandrovna, nièce du Tsar Nicolas II. Ainsi qu’un autre membre de la conspiration visant à tuer Raspoutine, le grand duc Dimitri Pavlovich.

L’intéressé évoque ce souvenir dans son autobiographie, mais l’a aussi raconté dans une interview publiée sur le site Strand Magazine, qui l’a questionné à ce sujet. “c’était deux membres de la conspiration, oui. J’ai été tiré de mon lit au milieu de la nuit par ma mère. Elle m’a dit qu’il y avait deux personnes en cravate noire et smoking, et que je me souviendrai de cette rencontre; mais c’est à peu près tout. Et puis bien sûr, des années plus tard, cette rencontre a pris beaucoup plus de sens. Mais je ne me souviens pas de leurs visages.

Hammer Film Productions

Christopher Lee dans “Raspoutine, le moine fou” (1965)

Ensuite, j’ai joué le rôle [de Raspoutine] en 1965, et il n’a pas été correctement joué, d’autant que le prince Ioussoupov était encore en vie, et intentait toujours une action en justice contre quiconque utilisait son nom ou le nom de sa femme dans un film. En 1933, il avait d’ailleurs réussi à faire plier la MGM avec le film Raspoutine et sa cour [NDR : seul film à réunir les trois aînés de la famille Barrymore]. Pour le film de la Hammer, il a en fait épluché et autorisé chaque page du script du film, même si la fin est incorrecte. Certains passages étaient plutôt fidèles, d’autres pas complètement.

C’est une histoire très étrange parce que personne n’a jamais vraiment expliqué Raspoutine. J’ai rencontré sa fille en 1976 à Beverly Hills, Maria. Elle était charmante. J’ai une photo de moi avec elle. Elle a dit que je lui ressemblais, ce qui m’a un peu surpris parce que je suis plus grand que lui et que mes yeux sont marron foncé et les siens gris-bleu. Et quand j’ai mentionné cela, elle a dit : “Oh, non, ce que je voulais dire, c’était l’expression. Je n’étais pas sûr de ce qu’elle voulait dire”.

Ses brillants états de service durant la Seconde guerre mondiale

Fils d’un lieutenant-colonel au 60e régiment d’infanterie royale, et cousin par alliance de Ian Fleming, le papa de James Bond, Christopher Lee rejoint la Royal Air Force (RAF), alors que le pays subit depuis juillet 1940 le Blitz allemand qui bombarde sans relâche le pays. Polyglotte, Lee parle couramment l’anglais bien entendu, mais aussi l’allemand, le français, l’espagnol, l’italien et le grec. De quoi faire merveille au service chargé de décoder les transmissions allemandes, même si Lee est tout de même frustré : une défaillance au nerf optique l’empêche de devenir pilote.

Il est ensuite envoyé en Afrique du Nord où il aurait rejoint les rangs du mythique Long Range Desert Group, le précurseur de ce qui deviendra le SAS, Special Air Service, unité de forces spéciales britanniques qui naîtra en 1941 en Egypte (alors occupée par les troupes britanniques), par le lieutenant David Stirling. Il suit alors les mouvements du front entre l’Egypte et la Lybie, où les Anglais affrontent les troupes de l’Afrika Korps du général allemand Rommel, surnommé “le renard du désert”.

Lee aurait participé à des opérations commandos derrières les lignes ennemies, visant notamment à saboter des avions de la Luftwaffe et des installations dans les aérodromes. Après la reddition des troupes de l’Afrika Korps en 1943, il est semble-t-il versé dans l’armée au sein de la 8ème division d’infanterie britannique, qui participe à la terrible bataille pour la prise de Monte Cassino, monastère transformé en forteresse par les Allemands sur la ligne de front Gustave en 1944, en Italie.

Photo de Christopher Lee prise au Vatican en 1944, peu après la libération de Rome.

Après son expérience au sein du LRDG, Lee aurait été affecté au Special Operations Executive (SOE) ou Ministry of Ungentlemanly Warfare, un service secret mis en place par Winston Churchill en juillet 1940 et dédié aux opérations spéciales en Europe jusqu’à l’Extrême-Orient.

Il intervient particulièrement en Europe de l’Est, où le SOE apporte son aide et son soutien à divers mouvements de résistance des pays occupés par les nazis. C’est dans ce cadre que Lee fera un séjour en Yougoslavie et rencontrera Josip Broz, dit “Tito”, le futur chef de l’état du pays, mais pour l’heure à la tête de la résistance communiste. Il deviendra même ami avec lui.

Lee affirma même avoir été affecté, dans les derniers mois de la guerre, à la traque de criminels de guerre nazis recherchés, notamment des officiers cadres de la SS, dans le cadre du Central Registry of War Criminals and Security Suspects, autrement connu sous l’acronyme CROWCASS. Cette organisation, reliée peu après à l’ONU, participait activement à la chasse aux nazis.

Toutefois, le tableau de chasse des années de guerre brossé par la Presse et surtout par l’intéressé est à nuancer, car l’acteur n’a jamais hésité à grossir parfois très généreusement le trait, face à un auditoire lui portant rarement -voire jamais- la contradiction.

Ainsi, comme l’a révélé l’historien britannique réputé Gavin Mortimer, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale et ayant beaucoup travaillé justement sur l’Histoire du SAS, certaines affirmations tenues par Christopher Lee ne tiennent pas. Selon lui, il n’aurait jamais fait partie des SAS et du SOE. “Il était attaché au SAS et SOE en tant qu’officier de liaison de la Royal Air Force durant des périodes variables, entre 1943 et 1945, mais il n’a pas servi dans ces structures”. De même, Guy Walters, un journaliste du Daily Mail, a enquêté sur les faits d’armes de Christopher Lee, et notamment sur ses affirmations concernant le CROWCASS.

“Même s’il affirme dans ses mémoires avoir fait partie du CROWCASS, cela ne peut être possible. Les membres de ce service étaient basés à Paris et Berlin. Leurs rôles étaient de rassembler des preuves, pas de sillonner le pays et parcourir les camps de concentration à la recherche d’anciens nazis. Lorsque j’ai eu le privilège d’écrire une histoire de chasse aux nazis il y a quelques années, j’ai pu rencontrer des membres survivants de la British War Crimes Unit, dont le job était justement de sortir traquer les nazis où ils se cachaient. Pas un n’a mentionné le fait que Lee fut un des leurs”.

Lee prit sa retraite d’officier de l’aviation en 1946 avec le grade de Flight Lieutenant (l’équivalent de capitaine). S’il a plus que certainement régulièrement grossi / forcé le trait sur ses états de service, il reste qu’il a été décoré à de nombreuses reprises pour actes de bravoure par les gouvernements tchèque, yougoslave, anglais et polonais. Donc pas vraiment pour avoir pantouflé derrière un bureau durant toute la guerre…

Il a rencontré J.R.R. Tolkien !

Inoubliable sous les traits du grand méchant Saroumane dans la trilogie du Seigneur des anneaux orchestrée avec maestria par Peter Jackson, Christopher Lee fut en prime le seul membre de l’équipe du film à avoir rencontré en personne le légendaire auteur derrière la saga : J.R.R. Tolkien. Une rencontre qui eut lieu dans les années 1950, à Oxford, alors que Lee se rendait dans un célèbre Pub anglais, The Eagle & Child, où Tolkien avait ses habitudes.

“Nous étions assis à parler en buvant de la bière et quelqu’un a dit: “Oh regardez qui est là.” C’était le professeur Tolkien et j’ai failli tomber de ma chaise. […] Je ne savais même pas qu’il était en vie. Il avait l’air bienveillant, fumant sa pipe, un Anglais de la campagne avec les pieds sur terre. C’était un génie, un homme d’une intelligence incroyable. Et il connaissait quelqu’un dans notre groupe. Mon ami a dit “Oh, professeur, professeur”, et il est venu. Je me suis mis à genou bien sûr, et nous avons dit: “Comment allez-vous?” Sauf que j’ai juste dit: “Comment… Co… Co…” Je n’arrivais juste pas à y croire. Je ne l’oublierai jamais.”

Tolkien lui donnera même sa bénédiction pour jouer Gandalf si un futur film basé le Seigneur des Anneaux voyait le jour. Même si Lee n’incarne pas le sorcier qui sera finalement merveilleusement joué par Ian McKellen, il fit contre mauvaise fortune bon coeur en prêtant ses traits à Saroumane.

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