Patrick Dewaere : les 5 films qu’il faut absolument avoir vus – Actus Ciné

Il y a 40 ans disparaissait Patrick Dewaere, l’un des plus grands et intenses acteurs français. L’occasion de vous proposer une sélection de 5 incontournables pour quiconque veut (re)découvrir sa carrière, encore inspirante pour toute une génération.

Il a marqué à jamais le cinéma de son talent et de son intensité de marginal déchiré, de gouailleur épris de liberté, d’enragé qui aujourd’hui plus que jamais inspire toute une génération de comédiens, fascinés par son authenticité. Retour sur la carrière et les visages de Patrick Dewaere à travers une sélection (forcément non exhaustive) de ses films incontournables …

COUP DE TÊTE (1979)

De quoi ça parle ?

François Perrin est ailier droit dans l’équipe de football de la petite ville de Trincamp. Seulement il a un sale caractère. Le président du club est également le patron de l’usine où il travaille. Après un coup de gueule, il est renvoyé du terrain et perd son emploi a l’usine. Et pour corser le tout, il est accusé d’un viol qu’il n’a pas commis. Mais l’équipe doit jouer en coupe de France et ne peut absolument pas se passer de Perrin.

Pourquoi le (re)voir ?

Pour la fraicheur et l’humour aigre-doux de Patrick Dewaere dans un rôle qui donne la pêche ! Pour une fois préféré à Depardieu (premier choix du producteur de Gaumont, Alain Poiré, hostile aux soucis toxicologiques de Dewaere), le comédien a en effet séduit Jean-Jacques Annaud par son jeu “en mode mineur” et “désaccordé”.

Sous son œil encourageant, il fera preuve d’une énergie à toute épreuve, épousant comme à son habitude son personnage jusqu’à l’excès. En effet, pour camper dans Coup de tête ce footballeur promu héros, il n’hésite ainsi pas à s’entraîner inlassablement, et à s’épuiser physiquement, dans le but de ne pas être doublé sur le terrain. Ou le moins possible…

Aidé des dialogues devenus cultes de Francis Veber, le jeune premier peu habitué à l’euphorie communicative dans un film, porte pourtant avec bonheur cette satire acide qui condamne l’hypocrisie sociale et le vedettariat sportif. Toujours un peu paumé et cynique bien sûr mais idéaliste et positif, avec le droit d’être joyeux et drôle… enfin !

A (re)revoir également

Deux autres rôles d’idéalistes campés par Patrick Dewaere : dans Adieu poulet de Pierre Granier-Deferre (inspiré de la fusillade de Puteaux) où malgré son esprit rebelle et ses réticences morales, il se plait à incarner l’adjoint du super flic Lino Ventura, une sorte de chien fou une fois encore servi par la prose de Veber.

Et Le Juge Fayard dit le shériff de son ami Yves Boisset (inspiré de l’assassinat du juge Renaud) dans lequel il campe un magistrat passionné et incorruptible qui s’improvise détective au nom de la justice. Des rôles de rebelles au coeur du système et de Don Quichotte un peu à part, qui épanouissent la carrière d’un Dewaere prêt à tout expérimenter à condition de toujours tendre vers l’impeccable et l’authentique.

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Capture d’écran BA

Le saviez-vous ?

Solidaire de certains artistes (parmi lesquels Alain Delon, Jean-Paul Belmondo et Lino Ventura) en grève contre la concurrence de la télévision -et plus précisément de la pub- avec le cinéma, Patrick Dewaere refusera de faire la promotion de Coup de tête et de se rendre notamment à l’incontournable “Rendez vous du dimanche” de Michel Drucker.

“Lorsque j’ai tourné un film, je suis fier de l’avoir fait et je n’ai pas envie d’aller sur les plateaux de télé pour me faire poser des questions par un gars qui n’a pas vu le film et qui s’en fout complètement ! Il essayera seulement de mentionner le plus souvent le titre parce que c’est un accord avec la maison de production. Et nous là-dedans ?”

“Le boulot qu’on a fait, le film qu’on a tourné, les journées qu’on a passées, tout d’un coup cela devient minable, inutile, inintéressant. C’est bien simple, on a alors plus qu’une envie : prendre ses jambes à son cou pour se sauver.” Des propos sans compromis qui compromettront pourtant la promotion du film sans pour autant empêcher son succès au box-office par la suite.

 

LES VALSEUSES (1974)

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Capture d’écran

De quoi ça parle ?

Interdit aux moins de 16 ans. Liés par une forte amitié, deux révoltés en cavale veulent vivre à fond leurs aventures. Cette fuite sera ponctuée de provocations et d’agressions mais également de rencontres, tendres instants de bonheur éphémères.

Pourquoi le (re)voir ?

Pour le trio Dewaere/ Depardieu / Miou-Miou, qui promènent leurs désirs, leur insouciance et leur talent dans ce film irrévérencieux et drôle signé Bertrand Blier. Avec Les Valseuses, le cinéaste transgresse les règles de la bienséance sociale et sème un vent de fraicheur “soixante-huitard” sur le cinéma, à coups de répliques aussi insolentes que poétiques, de scènes crues pleines de spontanéité et de héros-voyous vulgaires mais touchants.

Enragés, bouillonnants, Dewaere et son comparse Depardieu le sont à la ville comme à l’écran : deux amis, deux fous anticonformistes et libertaires qui n’hésitent pas à “travailler leurs rôles” en disparaissant réellement toute une nuit avec la voiture du tournage. Autour de ces “incontrôlables”, la fine fleur féminine du cinéma français déjà installée ou à venir : Jeanne Moreau émouvante et tragique, Miou-Miou pas farouche mais frigide, enfin Brigitte Fossey et Isabelle Huppert, tantôt troublantes, tantôt angéliques.

Au cœur de ce film frondeur, Patrick Dewaere trouve là son premier grand rôle au cinéma, qu’il fréquente tout de même depuis l’âge de 4 ans. Entier, investi, c’est ici qu’il impose l’acteur qu’il sera : celui qui ne joue ni n’interprète ses rôles mais qui les incarne, les vit pour de vrai. Un film à revoir pour ce personnage inoubliable à qui il donne sans compter un peu beaucoup de son authenticité et de sa fureur de vivre encore intacte…

Le saviez-vous ?

C’est parmi la troupe du Café de la gare, que Bertrand Blier a trouvé son trio d’inséparables. Pensant de prime abord travailler avec Miou-Miou, Depardieu et Coluche, le cinéaste a remplacé ce dernier par Patrick Dewaere, qui a réussi à le convaincre par sa prestation et sa détermination.

Un Dewaere qui a déjà dans sa vie privée pris la place de Coluche, plus précisément dans le cœur de Miou-Miou avec qui il a une relation depuis peu. Très vite, les deux amoureux gênés vis-à-vis de Blier, lui avouent leurs sentiments : “Comme, souvent, l’acteur couche avec l’actrice, on a décidé de le faire avant et on préférait te prévenir”, annoncera Dewaere au cinéaste amusé.

Séparés deux ans après, Miou-Miou et Dewaere devront rejouer la passion sous l’oeil de Maurice Dugowson dans F… comme Fairbanks, un drame dans lequel l’acteur, profondément meurtri par leur séparation, fera encore une fois dans le “plus vrai que nature”.

Le duo Depardieu/ Dewaere se reformera quatre ans après, en 1978, dans Préparez vos mouchoirs du même Bertrand Blier. Entre temps, si leur complicité à l’écran est intacte, leur amitié à la ville a été ternie par un milieu du cinéma qui a pris soin de les mettre trop souvent en concurrence directe, aux dépens de Patrick, moins populaire que Gérard.

LA MEILLEURE FAÇON DE MARCHER

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Capture d’écran

De quoi ça parle ?

Durant l’été 1960, Marc et Philippe sont moniteurs dans une colonie de vacances en Auvergne. Tout les oppose : le premier se veut viril, tandis que le second se montre beaucoup plus réservé et taciturne. Un malheureux concours de circonstances – Marc surprend Philippe habillé en femme – aidant, le premier soupçonne l’autre d’être homosexuel. Une relation ambiguë, mélange de sadisme et de vénération, s’instaure alors entre les deux moniteurs.

Pourquoi le (re)voir ?

Pour le bonheur que l’on devine chez Patrick Dewaere, qui a vu dans ce personnage de tête à claques, grande gueule et antipathique, l’occasion de … proposer autre chose ! Son challenge personnel consistera à apporter de la hauteur, de la sensibilité et surtout de l’ambigüité à cette figure de macho stéréotypée, adepte du sport, de la non-culture et des blagues salaces.

Dans la vie, Dewaere sait déjà le faire : jouer les expansifs et les extravertis pour mieux dissimuler des failles personnelles. A l’écran, face à un Patrick Bouchitey timide et secret, il passe maître dans l’art de troubler, de complexifier et d’installer le malaise, la brutalité et la provocation.

La Meilleure façon de marcher pour lui et pour un tout jeune Claude Miller, qui dès son premier long métrage, surprend par son talent à transformer une comédie de colonies de vacances en un drame psychologique viril, fondé sur des rapports de dominant/dominé, teinté des non dits de l’homosexualité refoulée. Un film étrangement gracieux pour un jeu d’acteur fascinant de bestialité, qui commence à retenir l’attention des César. Entre autres…

Le saviez-vous ?

En tant que cinéphile averti, Claude Miller connaissait Patrick Dewaere mais pensait au préalable proposer le rôle à Philippe Léotard. C’est en découvrant Patrick Bouchitey, qui lui montre des essais passés en commun avec Dewaere pour Les Caïds de Robert Enrico (Dewaere ne sera pas retenu pour ce film), que l’apprenti cinéaste redécouvre le jeu du comédien, est séduit et lui envoie un scénario.

Le soir même, Dewaere le rappelle : “C’est formidable, je veux faire le film, qui es-tu ?”. Si dans le film, leurs personnages jouent au chat et à la souris, dans la vie, Patrick Dewaere et Patrick Bouchitey ont connu d’emblée des rapports francs et complices.

Leur solide amitié s’est tout de même étiolée à cause d’une femme que Bouchitey présente à Dewaere, sans savoir que celle-ci, adepte de la drogue, lui ouvrira la porte des paradis artificiels, addictifs et… destructeurs.

SERIE NOIRE

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Capture d’écran

De quoi ça parle ?

Interdit aux moins de 16 ans Franck, représentant de commerce, traîne son existence minable dans la triste banlieue parisienne. Ce porte-à-porte laborieux fait bientôt la rencontre de Mona, une adolescente de 17 ans. Ils se découvrent alors un même but : fuir leur morne condition, quitte à employer les moyens les plus… expéditifs !

Pourquoi le (re)voir ?

Parce que c’est un rôle que Patrick Dewaere a attendu toute sa vie et qu’Alain Corneau n’imaginait pour personne d’autre que lui. Un rôle à sa (dé)mesure. Celui d’un écorché vif, d’un exalté, d’un hystérique paranoïaque : “Je ne joue pas un méchant”, précisera-t-il à l’époque, “mais un type qui a des faiblesses. C’est un malade, un psychopathe qu’on enfonce, qu’on enfonce ! Et qui va finir par …faire des horreurs, quoi !”

Et pour cela, le comédien une fois encore ne fait rien à moitié. Refusant d’improviser comme Corneau le souhaiterait, il veut connaitre son texte à la virgule près : “Ce n’est qu’à cette condition qu’on le croira improvisé”. Il n’a pas tort lui qui, alors qu’on le croit en roue libre, excelle en matière de technique et de précision de jeu, aux côtés d’une jeune Marie Trintignant mutique, elle aussi plus vraie que nature.

Entièrement dans la peau de l’homme qu’il incarne, Dewaere volera pour lui chez “Tati” son fameux imperméable gris. Comme possédé, il se frappera réellement la tête contre le capot d’une voiture pour les besoins d’une scène violente et sous les yeux d’une équipe de tournage fascinée. Décidé à le suivre dans cette quête du vrai, Alain Corneau serre ses plans et innove en filmant à trois caméras, afin de tout capter.

De son polar adapté d’un roman de Jim Thompson, le spectateur sort épuisé, empli du sordide de l’univers dépeint et de la fébrilité du personnage mis en scène. Un film sur le fil du rasoir, à voir pour savoir qui est le grand Patrick Dewaere. Tout simplement.

Le saviez-vous ?

Dans Série Noire, Patrick Dewaere donne la réplique à Bernard Blier, père de Bertrand qu’il admire tant. Impressionné, il n’ose le gifler lors d’une des dernières scènes du film et finit pas s’exécuter sous les encouragements de l’acteur qui lui réclame une vraie baffe : “Avec son expérience, il sait qu’il vaut mieux recevoir une bonne paire de baffes que de recommencer douze fois avec douze demi-paires de baffes”, commentera-t-il.

En totale osmose avec son personnage, Dewaere est allé jusqu’à confondre la réalité et la fiction sur le tournage de Série Noire. Aussi il ne se remettra pas d’une scène dans laquelle il écrase Myriam Boyer contre un mur. Bouleversé et silencieux, des heures après, il explosera : “Mais vous vous rendez compte qu’aujourd’hui, – 

j’ai tué quelqu’un ?

Ce n’est pas rien !”

Convaincu que seul Dieu est capable d’inventer un personnage de toutes pièces, le jeune acteur avait la conviction qu’il fallait utiliser sa nature profonde en la remodelant, sans jamais avoir recours à l’invention. Une philosophie dangereuse et dans l’excès qui expliquera la réelle déception de l’acteur, pressenti pour le prix d’interprétation à Cannes et nommé (encore) aux César… en vain.

UN MAUVAIS FILS

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Capture d’écran

De quoi ça parle ?

Bruno Calgani rentre en France après avoir passé cinq ans dans un pénitencier américain pour usage et trafic de drogue. Il souhaite effacer son passé, mais ne cesse de penser à sa mère morte durant sa détention. Il décide de revoir son père ouvrier de chantier mais celui-ci n’est pas très accueillant.

Pourquoi le (re)voir ?

Pour découvrir un Patrick Dewaere comblé, lui qui désirait depuis longtemps travailler sous la direction du grand Claude Sautet. Dès leur rencontre, la connivence se crée : Patrick a lu le scénario et devine, au grand soulagement de Claude, qu’il doit raser sa fameuse moustache. Sur le plateau, le jeune rebelle montrera la même discipline, le même abandon apaisé, se livrant pour la première fois entièrement à la direction d’acteur de celui qui s’impose comme un père de substitution.

En effet, faisant écho à la relation poignante de ce père et de ce fils tentant de se réapprivoiser, le besoin de reconnaissance et d’affection du comédien pour son metteur en scène imprègne le film. Ce dernier lui a pourtant offert un rôle qui pourrait être gênant tant il épouse parfaitement les fêlures personnelles du comédien. Qu’à cela ne tienne. Dans la peau de cet ancien drogué, Dewaere est parfait, plus sage, posé et sobre.

Avec sa délicatesse légendaire, Sautet capte l’air du temps, la pudeur et les non-dits de ses héros ( aux côtés de Dewaere, un Yves Robert et une Brigitte Fossey bouleversants ) et de leurs yeux brillants de larmes contenues. Un film doux et mélancolique qui offre l’un de ses rôles les plus élégants à Patrick Dewaere, qui ne gigote plus, parle bas et qui surtout tient bon et ne sombre pas…

Le saviez-vous ?

Si le tournage d’ Un Mauvais fils s’est déroulé dans un climat apaisé, il n’en a pas été de même de sa promotion, entachée par un épisode fâcheux entre Patrick Dewaere et le journaliste du Journal du Dimanche, Patrice de Nussac. Alors qu’il l’accompagne à Liège pour l’avant-première du film, Dewaere se confie en off à son ami sur son mariage imminent avec Elisabeth Chalier dite Elsa, la mère de Lola, avec qui il vit depuis quelques années déjà.

Quelques jours plus tard, il s’aperçoit de la trahison de son confident qui annonce l’événement en première page. Il le retrouve et le frappe d’un coup de poing. S’ensuivra un boycott de la presse, des médias et des producteurs en colère, qui prendront fait et cause pour De Nussac et feront tomber en disgrâce le talentueux comédien.

Pour la cinquième fois, Patrick Dewaere est nommé aux César et repart bredouille. Une situation qui se répètera une sixième fois l’année suivante pour Beau-Père de Bertrand Blier, un film qui apaisera également le comédien, heureux de retrouver un metteur en scène ami, familier et bienveillant. Blessé par ce manque de reconnaissance systématique de la profession, il ressortira de la cérémonie effondré et inconsolable.

Sources de l’article : Patrick Dewaere de Christian Dureau / Patrick Dewaere, Une vie de Christophe Carrière 

Patrick Dewaere chez Claude Sautet dans “Un Mauvais fils”

 

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