Mystère : travailler avec des loups, comment ça se passe ? Le réalisateur nous dit tout -…

Mystère : travailler avec des loups, comment ça se passe? Le réalisateur nous dit tout -...

Mystère débarque enfin en salles pour le bonheur des enfants, qui vont pouvoir découvrir une émouvante histoire entre un loup et une fillette. Le cinéaste Denis Imbert nous relate son expérience de tournage avec ces animaux mythiques.

Mystère, réalisé par Denis Imbert, nous présente Stéphane, incarné par Vincent Elbaz. Il décide d’emménager dans les belles montagnes du Cantal afin de renouer avec sa fille de 8 ans, Victoria (Shanna Keil), mutique depuis la disparition de sa maman.

Lors d’une promenade en forêt, un berger confie à Victoria un chiot nommé « Mystère » qui va petit-à-petit lui redonner goût à la vie. Mais très vite, Stéphane découvre que l’animal est en réalité un loup… Malgré les mises en garde et le danger de cette situation, il ne peut se résoudre à séparer sa fille de cette boule de poils d’apparence inoffensive.

À l’occasion de la sortie de ce film familial, AlloCiné est allé à la rencontre de son metteur en scène, Denis Imbert, afin d’évoquer ce tournage fabuleux en compagnie d’une meute de loups.

AlloCiné : Mystère a été décalé d’un an à cause de la crise sanitaire, avez-vous eu peur que le film ne puisse pas sortir au cinéma ? 

Denis Imbert : C’était assez perturbant, assez troublant, assez inquiétant. Oui, j’ai eu évidemment peur que le film ne soit pas distribué en salles pour le cinéma, ce qui, pour moi, était un terrible problème. Ce film, je l’ai conçu pour le cinéma, de l’écriture à la réalisation. Donc, en termes de rythme, en termes de valeurs de plans, en termes de moyens.

J’ai tellement tenu à ce que le film se déroule sur deux saisons, l’été et l’hiver. Mais pour que, justement, le spectateur lui puisse avoir ce voyage à travers les paysages du Cantal, vivre l’arrivée de l’automne. Bon, c’est sûr qu’aujourd’hui, quand je vois que les films sont consommés sur des iPhones ou à la télévision sur des petits écrans, tout le monde n’a pas les moyens de se payer un home cinéma. Donc, c’était un peu le fruit de mon inquiétude, en effet.

Ce film, je l’ai conçu pour le cinéma, de l’écriture à la réalisation.

Vous avez tourné avec de vrais animaux, contrairement à certains films qui utilisent de plus en plus les images de synthèses pour les recréer par ordinateur. Quel est votre regard sur ces procédés ? 

C’est une question très intéressante et c’est bien de pouvoir m’exprimer à ce sujet. Merci de m’en offrir la possibilité. Depuis que j’ai eu envie de raconter cette histoire entre cette petite fille et un louveteau, à aucun moment, je n’aurais souhaité passer par une image de synthèse, par la 3D.

Ce qui m’intéressait, c’était de filmer les rapports entre cet enfant bien réel et ce loup bien réel et d’être presque dans l’observation ethnologique, étudier leurs rapports. Et ce cinéma de 3D n’est pas n’est pas le mien. Ce n’était pas le propos de ce film, en tout cas. Alors ça veut dire qu’il faut s’armer de patience. Et souvent, c’est nous qui avons dû nous adapter au loup pour obtenir les séquences qui étaient écrites. 

À aucun moment, je n’aurais souhaité passer par une image de synthèse, par la 3D.

En parlant du loup, comment on travaille avec un tel animal sur le plateau ? 

Le loup participe beaucoup à la réussite du film. C’est à dire qu’il n’était pas question de domestiquer le loup et il n’était pas question de le filmer comme un chien. Il fallait qu’il reste un animal sauvage dans son élément, dans la nature. Et ça, c’est vraiment un travail. J’ai eu la chance d’avoir Shanna Keil, l’actrice, qui s’est vraiment prêtée à ce jeu de l’imprégnation.

Elle allait toutes les semaines chez Muriel, la dresseuse, pour voir les louveteaux et il y a eu ce travail de complicité qui s’est opéré entre elle et les loups. Ceci nous a permis de filmer des scènes un peu compliquées, voire même des scènes qu’on pensait pas réalisables. Nous étions il y a quelques jours chez Muriel. Shanna redécouvrait les loups qu’elle n’avait pas vu depuis un an.

Vous ne pouvez pas imaginer la démonstration de la connexion de ces deux êtres. D’un seul coup, le loup lui court dessus, lui saute dessus, se met en position de soumission. J’ai montré ces images à mon fils qui me dit : Mais c’est marrant parce qu’on dirait un chien. Je lui réponds “non” ! C’est parce que là, il y a une relation tellement forte qu’il est en soumission. Et donc voilà, c’était vraiment l’ADN du film. 

Le loup s’est vraiment imprégné de la jeune comédienne. Comment ça s’est passé avec les autres acteurs ? 

C’est marrant parce qu’on avait une meute de sept loups. En effet, il y en a un à un, voire deux, qui avaient des facilités à la connexion avec l’homme, qui avaient un contact à l’homme possible. Je me suis beaucoup imprégné des loups. Et puis, petit à petit, ils sont venus un peu se familiariser avec l’équipe. Il y a eu aussi tout un travail au niveau de l’équipe pour pouvoir travailler avec les loups. 

On avait rencontré Nicolas Vanier, avec qui vous avez travaillé. Il disait que le public ressent quand l’animal est authentique, ce qui rend la relation avec les humains authentiques aussi. Est ce que vous êtes aussi de cet avis ?

Bien sûr ! Je pense que la beauté des animaux et des êtres vivants, c’est la connexion au monde sauvage. Et puis, de la même manière, je pense que Shanna, qui est extraordinaire dans le film, n’aurait pas joué de la même façon face à un animal en 3D que face à un loup. Donc forcément, ça influe, ça vient modifier son comportement et donc c’est tout le bénéfice de cette façon de tourner.

Et si demain je devais refaire un film dans le même ADN, je le ferais de la même manière. Après, le désagrément de ça, c’est qu’il faut du temps, il faut du temps, il faut deux caméras, il faut attendre la prise magique. Il faut laisser les choses se faire. Il faut avoir confiance dans ce qu’on met en place et il faut attendre que ça arrive, en fait. Mais quand ça arrive, c’est magique.

La beauté des animaux et des êtres vivants, c’est la connexion au monde sauvage.

Dans le film il y a les animaux, mais il y a aussi le sujet du deuil, comment on préserve l’enfant comédien d’une partie de ce récit difficile ? 

Justement, je pense que ce qui était très intéressant, c’était de pouvoir aborder le deuil, le deuil d’une maman. Et je pense que ce qui a beaucoup aidé Shanna, c’est que le louveteau a lui aussi perdu un être cher. Et donc, il y avait une espèce de parallèle entre ces deux destins. Je pense qu’elle se projetait beaucoup dans le louveteau et du coup, ça l’aidait à aborder des thèmes un peu difficiles. Et c’est vrai que c’est très beau.

Un moment elle dit à mystère “Et toi elle est où ta maman ?” Et on voit le portrait de la mère sur le mur, dans sa chambre. Et c’est vrai que ça, c’est un moment magique. Les enfants aiment bien qu’on leur raconte des histoires, mais n’aiment pas qu’on leur mente. Et ils aiment bien qu’on les prennent pour des gens responsables. Et donc voilà avec des mots simples, on est arrivés à parler de tout ça. 

Quels sont les contraintes spécifiques liées au travail avec les enfants ? 

J’ai l’impression d’avoir fait un film avec avec huit loups. C’est à dire qu’il y a une meute de sept loups à la base et il y en a un huitième qui est Shanna, qui est plus sauvage que tous les loups avec lesquels j’ai tourné au départ et qui a 8 ans. J’ai choisi de travailler avec une comédienne qui n’avait jamais fait de film, donc qui découvrait complètement le monde du cinéma.

Du coup, elle arrivait avec beaucoup d’instinct et, exactement de la manière avec laquelle je devais tourner avec les louveteaux, j’étais dans l’attente, j’étais dans l’observation et j’essayais de refaire, de faire et d’essayer de lui expliquer avec des mots simples.

Mais c’était très compliqué parce qu’en plus, comme c’est une enfant, elle a beaucoup changé, elle s’est beaucoup ouverte au monde, mais elle était très, très, très sauvage. Et c’est vrai que sur les scènes de comédie, c’était un peu plus compliqué. Mais ça participe aussi à cette espèce d’intériorité extraordinaire qu’elle a dans le film. 

Les enfants aiment bien qu’on leur raconte des histoires, mais n’aiment pas qu’on leur mente.

Comment avez-vous travaillé la relation de la jeune comédienne avec les autres acteurs adultes ? 

C’était aussi très compliqué. C’est pour ça qu’on a quand même eu du temps sur ce film pour mettre tout ça en place. Pour Vincent Elbaz, par ailleurs, c’était très compliqué parce qu’à la fois il devait jouer avec les loups et puis avec une enfant qui n’avait jamais fait de cinéma. Donc parfois, quand lui était excellent dans une prise, il fallait refaire puisque le loup n’était pas très bon au moment où on l’a fait ou la petite fille devait refaire. Donc ça a demandé beaucoup de patience.

Et Vincent a été extraordinaire. Il joue le père dans cette histoire et il avait vraiment ce rôle de patriarche. Il a pris Shanna sous son aile et il plaisantait souvent avec elle. Il essayait de la détendre et de partir dans le jeu, ce qui permettait d’arriver à faire s’effacer le trac. Et d’un seul coup, elle se mettait à jouer. C’était beaucoup plus facile. 

Ce qui m’a aussi beaucoup ému dans le film, c’est le personnage de Tchéky Karyo en vieil ermite.

C’était marrant parce que je déroulais un peu la liste artistique avec mon producteur. On donne deux ou trois noms. Et puis pour le rôle de l’ermite, à qui tu penses, me demande-t-il. Je réponds qu’il y en a qu’un seul qui peut jouer ça, c’est Tchéky Karyo. Il a été marquant dans L’ours de Jean-Jacques Annaud où il incarne cette espèce de monde sauvage, de la relation de l’homme à l’animal et en plus il a cette chance extraordinaire : plus il vieillit, plus il est beau, c’est un bel homme très charismatique.

Et c’est vrai que tout de suite, quand Tchéky interprète ce rôle, il y a une part de magie qui en découle. Il y a une part mystérieuse autour de son personnage qu’il incarne très facilement, très naturellement. Il y a un côté crédible parce que c’est lui et il fait passer ces sentiments là. Il fait passer cette crédibilité, ce qui est assez dingue. 

En voyant le film, j’ai remarqué un parallèle avec E.T. de Spielberg, c’était une inspiration pour vous ? 

Merci et bravo. C’est fantastique. Évidemment. C’est très drôle car quand j’avais cette histoire dans la tête, pendant que j’écrivais, j’ai revu E.T. avec mon fils qui avait 5 ans à l’époque. J’ai vu son émerveillement devant le film et je me suis dit mais oui, mais en fait, c’est ça. C’est ça la clé, elle est là ! C’est vraiment cette histoire d’une rencontre entre un extraterrestre, finalement, un loup, qui ne fait pas partie de notre communauté, et d’une enfant.

Et c’est une histoire d’amitié entre deux êtres qui ne peuvent pas grandir ensemble, qui ne peuvent pas vivre ensemble. Et elle va devoir finalement le raccompagner dans son monde. Et en même temps, ils ne seront jamais séparés. Donc oui, c’est vrai que E.T. était vraiment une très bonne référence. 

C’est vrai que E.T. était vraiment une très bonne référence.

Selon vous, pourquoi le loup a-t-il une aura mythique ? Pourquoi exerce-t-il une telle fascination dans l’imaginaire collectif ? 

Je pense qu’en France, on a une relation particulière avec le loup. Souvent, on ne mesure pas à quel point on a un destin commun. Les premiers hommes suivaient le loup qui chassaient et se nourrissaient des carcasses que le loup laissait derrière lui. Et puis, avec l’arrivée de l’âge de pierre, avec le feu, les hommes se sont mis à chasser et ont apprivoisé le loup, domestiqué le loup pour qu’il les accompagne et renforce leurs capacités de chasse.

Je pense qu’on a un destin croisé. Cet animal est particulier dans notre histoire universelle et il nous fait peur autant qu’il nous fascine. Et je pense que ça, ça remonte à des millénaires. On a un destin lié avec le loup. Et puis moi, c’est ce qui a mené mon écriture. Je pense qu’on a tous personnellement une histoire avec le loup, par rapport à l’enfance. Le loup nous a fait peur, nous a fasciné. Je pense qu’on a tous un lien avec le loup.  

Comment Marie Gillain s’est-elle s’appropriée les gestes d’une vétérinaire pour les besoins de son rôle ? 

Quand on tournait dans le Cantal, je suis allé voir un vétérinaire et je lui ai fait lire la séquence. Du coup, il nous a fait une espèce de tuto que j’ai pu montrer à Vincent et à Marie. Et on a répété, il est venu sur le tournage, il était présent et en effet, c’était la partie un peu technique du film.

Il nous a coaché sur les gestes et tout ce qui est fait dans le film est réaliste. Ce qu’on ne sait pas, ce qu’est un vétérinaire a une trousse de premiers secours qui lui permet d’anesthésier un animal, de l’opérer sur place, de déloger une balle. Tout ça est totalement réel par rapport à ce qui existe dans le film. 

À l’écriture, vous aviez en tête d’injecter des moments comiques pour équilibrer avec le récit dramatique ? 

Oui, c’est exactement ça. Pour moi l’histoire principale du film, c’est vraiment cette relation entre cet enfant et et ce loup, avec la disparition de la maman. Et du coup, il fallait en effet réintégrer, réinjecter un peu de comédie. Et c’est vrai que le rôle de Eric Elmosnino participe à ça.

Il joue le tonton mais en fait il joue presque la femme, c’est un peu une femme dans ce milieu, dans cet environnement. Il vient adoucir un peu le propos. Il vient détendre un peu le propos. Et ça, c’est important pour alterner ces moments de gravité, en quelque sorte, et les moments beaucoup plus légers. 

Le loup est particulier dans notre histoire universelle et il nous fait peur autant qu’il nous fascine.

Pouvez-vous nous parler de votre nouveau projet ? 

Le prochain projet, il est déjà tourné. Je suis en montage. C’est l’adaptation d’un livre de Sylvain Tesson qui s’appelle Les Chemins de Pierre. Ça parle de cette mésaventure qui est arrivée à Sylvain : il est tombé de 10 mètres de haut à Chamonix. Il est tombé d’un toit et il a fait plusieurs mois de convalescence. Et quand il était question d’aller en rééducation, il a décidé de traverser la France. Il a parcouru la France de l’hyper ruralité.

C’est ce qu’on appelle la diagonale du vide au Sud-Est du Mercantour jusqu’au nord ouest du nez de Jobourg. Le rôle est interprété par Jean Dujardin. C’est un film qu’on a tourné pendant neuf semaines et sur lequel on a vraiment emprunté ces chemins de traverse dans ce sillon de la France rurale. Il y a presque un côté un peu documentaire finalement. On met en valeur les territoires de la France, la campagne française et des rencontres extraordinaires. Ça sortira en 2023.

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