Last Night in Soho par Thomasin McKenzie : notre interview-portrait de la star du film…

Moins de trois ans après le succès de “Jojo Rabbit”, Thomasin McKenzie est l’une des têtes d’affiche de “Last Night in Soho”, le nouveau film d’Edgar Wright. L’occasion de revenir avec elle sur le film et quelques moments clés de sa jeune carrière.

On l’a aperçue dans le troisième et dernier volet du Hobbit. Remarquée dans Leave No Trace. Et Jojo Rabbit a confirmé les espoirs placés en elle. Aujourd’hui, Thomasin McKenzie ne compte pas s’arrêter en si bon chemin puisqu’elle est, avec Anya Taylor-Joy, l’une des deux têtes d’affiche de Last Night in Soho, septième long métrage réalisé par Edgar Wright.

Il est donc plus que temps de faire connaissance avec la comédienne néo-zélandaise, promise à un avenir radieux et attendue, le temps d’un petit rôle, dans Le Pouvoir du chien de sa compatriote Jane Campion. Ce sera le 1er décembre sur Netflix, ce qui vous laisse le temps de la découvrir grâce à notre interview-portrait.

SON ACTUALITÉ

Le hasard ne manque pas d’humour : la dernière fois que nous avions rencontré Thomasin McKenzie, pendant la promotion de Jojo Rabbit, c’était à Londres, dans le quartier de Soho. Et nous la retrouvons cette année pour évoquer un long métrage intitulé… Last Night in Soho.

Un film d’horreur qui navigue entre les années 60 et le présent pour faire passer la tentation de se réfugier dans la nostalgie du rêve au cauchemar, et évoquer la place des femmes dans la société et le regard que les hommes portent sur elles. Repoussé d’un an, le premier long métrage d’Edgar Wright porté par des personnages féminins est enfin sur nos écrans. Et sa comédienne nous en parle depuis… Los Angeles.

AlloCiné : Comment décririez-vous Eloise, votre personnage, et son parcours dans le film ?
Thomasin McKenzie : Son parcours est assez dingue (rires) Ellie vient de Redruth, une petite ville des Cornouailles, et arrive à Londres, dans le quartier de Soho, pour étudier la mode au London College of Fashion. Elle espère faire ses preuves et prouver qu’elle est compétente.

Elle a perdu sa mère jeune et lutte avec sa santé mentale, donc elle est assez vulnérable. Lorsque nous la rencontrons, au début du film, elle cherche à dépasser cela, et rendre sa grand-mère fière d’elle. Elle arrive à Londres avec de grandes espérances, mais tout ne se passe pas comme prévu.

J’ai lu dans une interview que vous disiez avoir eu du mal à vous dissocier de votre personnage. Pour quelle raison ?
J’avais 18 ans lorsque le tournage de Last Night in Soho a débuté [en mai 2019, ndlr] et je suis dans une phase où j’apprends constamment en tant qu’actrice, et cherche la meilleure manière d’aborder ce que je fais. Comme nous le faisons tous. Je réalise maintenant que le tournage de Last Night in Soho, et le fait de travailler avec Edgar, c’était une expérience merveilleuse. C’était très stimulant de participer à la concrétisation de sa vision, et de travailler avec l’équipe et les autres acteurs. Un vrai rêve.

Et j’ai réalisé qu’il est vraiment important de pouvoir se dissocier de son personnage. Sans quoi vous risquez de devoir vous emparer de tout ce contre quoi le personnage lutte et ne pas avoir assez de place pour qui l’on est, ce que l’on aime vraiment, ce qui nous apporte de la joie… On peut être submergé par quelque chose qui n’est pas notre réalité.

Je travaille beaucoup sur le fait de rester dans l’instant présent

Diriez-vous que ce film est arrivé au bon moment, par rapport à votre carrière et votre expérience ?
Je pense que oui. J’avais 18 ans, soit le même âge qu’Ellie, donc nous étions à un stade très similaire de la vie : ce moment où nous mettons un pied dans le monde et déterminons qui nous sommes et ce que nous faisons. C’était le moment idéal dans ma carrière pour faire cela, oui.

Mais le danger – et c’est un peu le sujet du film quand il est question de la nostalgie – c’est le fait de regarder en arrière et de se tourmenter à propos de quelque chose de passé. Quand je regarde le film, je me dis souvent que j’aurais pu faire telle ou telle chose mieux. Nous sommes nos critiques les plus durs, mais je suis très fière de Last Night in Soho. Et très heureuse que nous puissions enfin le partager avec le public.

Y a-t-il une décennie qui vous obsède, comme Eloise avec les années 60 dans le film ?
En ce moment, je travaille beaucoup sur le fait de rester dans l’instant présent. Ou d’essayer du moins. De ne pas trop être tournée vers le passé ou le futur, car c’est une pente glissante. Mais l’Histoire m’intéresse vraiment, et c’est quelque chose que j’ai envie d’étudier, peut-être plus tard à l’université, avec les lettres classiques.

Et il n’y a pas de période spécifique qui me fascine, mais différents moments de l’Histoire m’intéressent et j’ai envie d’en savoir plus sur eux. Mais j’ai de la chance, grâce à mon travail, d’avoir pu vivre à différentes époques tant de périodes différentes. J’ai expérimenté ce que c’était que de vivre à telle ou telle époque, même si j’ai été déconcertée à plusieurs reprises (rires)

Cette volonté de vous focaliser sur le présent, est-ce lié au film et à ce qu’il dit sur les dangers qu’il y a à trop vouloir être tourné vers le passé ? Ou y pensiez-vous déjà avant ?
C’est probablement à cause de ce film, oui. Beaucoup des films que j’ai faits récemment se déroulaient dans le passé, et je ne sais pas vraiment pourquoi j’étais attirée par cela. Mais le Covid a aussi joué je pense, car tout le monde a une relation différente au temps de nos jours : on a l’impression qu’il va très lentement ou très vite, qu’il n’y a pas de vitesse intermédiaire. Malgré tous ses mauvais côtés, je pense que le Covid nous a davantage forcés à vivre dans le présent.

Last night in soho par thomasin mckenzie : notre interview-portrait de la star du film...
Universal Pictures International France
Thomasin McKenzie en plein cauchemar dans “Last Night in Soho”

“Last Night in Soho” est très surprenant car ce n’est pas vraiment un film d’horreur classique. Comment Edgar Wright vous l’a-t-il présenté ?
J’ai d’abord lu le scénario et je l’ai vraiment aimé. Mais je pense que j’ai vraiment eu une idée de ce qu’il allait être quand Edgar m’a envoyé une liste de films à regarder ainsi qu’une playlist qu’il a créée pour que je l’écoute. En plus de la bande-originale du film. Il m’a aussi envoyé des photos de Twiggy et de Julie Christie datant des années 60, et il m’a recommandé des livres. C’est grâce à ces différentes ressources et à ses connaissances qu’il m’a présenté Last Night in Soho.

Pouvez-vous nous donner des exemples de films et chansons qu’il vous a fait voir et écouter ?
Pour ce qui est des films, il a créé pour moi une liste vraiment incroyable que j’ai adoré parcourir. J’ai l’impression d’avoir reçu une grande éducation sur les années 60 en matière de cinéma, de musique… Au moment du tournage, ses références étaient Repulsion, Ne vous retournez pas, Rosemary’s Baby, Théâtre de sang avec Diana Rigg [qui tient son dernier rôle dans Last Night in Soho, ndlr], L’Aguicheuse…

Il y avait aussi d’autres films, plus obscurs. Mais j’ai une mémoire horrible (rires) Je ne suis pas douée pour retenir les noms, mais ce que je peux dire à quiconque lira cette interview c’est : allez voir le film et vous en aurez un aperçu grâce à sa bande-originale. Cilla Black y est très présente notamment, et Edgar a fait un travail incroyable en convoquant tous ces films et musiciens iconiques des années 60.

La mise en scène d’Edgar Wright est, comme toujours, très précise. Et notamment dans les plans qui impliquent des jeux de miroir, où vos mouvements et ceux d’Anya Taylor-Joy sont coordonnés. J’imagine que cela a dû demander beaucoup de précision pour vous également dans les déplacements, comme de la danse peut-être.
C’était clairement l’un des grands défis du film. Quoique, non. Je ne dirais pas que c’était un défi, car j’ai pris beaucoup de plaisir à apprendre les chorégraphies, même si j’étais assez nerveuse parce que je ne suis pas la meilleure des danseuses. J’étais plutôt tendue même.

J’ai fait beaucoup de travail avant le tournage pour réussir à me libérer : j’ai pris quelques cours de danse et j’ai passé beaucoup de temps avec Jennfer White, la chorégraphe du film, pour étudier les enchaînements. Et avec Anya, qui est si gracieuse. C’est une vraie danseuse. Au final, j’ai apprécié cet aspect, qui m’a donné plus confiance en moi et en mon corps.

Y’a-t-il de la place pour improviser dans un film aussi précis ?
Pas tant que cela. J’aime vraiment l’improvisation, et il y en avait beaucoup dans Leave No Trace par exemple. Mais, dans le cas de Last Night in Soho, le scénario était très précis. Edgar savait exactement ce dont il avait besoin pour réussir ce film. Et même s’il n’y avait pas vraiment d’improvisation, il y avait de la place pour jouer tout en restant dans le cadre.

En quoi diriez-vous que “Last Night in Soho” est du pur Edgar Wright, et en même temps quelque chose de nouveau dans sa filmographie ?
Il y a un fil conducteur fort et constant entre tous les films d’Edgar. Vous savez vraiment quand vous regardez un film d’Edgar Wright, parce qu’il a une vision et une voix si fortes. Mais Last Night in Soho est vraiment très différent de ses films précédents. C’est le premier dans lequel il a deux rôles principaux féminins, ce qui est passionnant et m’a rendue très heureuse de participer à ce projet.

Et c’est beaucoup plus sombre que la plupart de ses travaux précédents. Mais je suis une grande fan de son œuvre et j’étais très enthousiaste à l’idée de faire partie de ce nouveau film, de ce nouveau concept qu’il avait imaginé.

PREMIER FILM VU

Ma réponse sera sans aucun doute Mon voisin Totoro d’Hayao Miyazaki. C’est l’un des films préférés de ma famille et mon chien s’appelle Totoro, donc il a eu un gros impact sur moi. Et j’aime son art. Je trouve tous les films de Miyazaki incroyablement beaux, et il y a tous ces personnages étonnants qu’il a crées : Totoro, Kaonashi, Ponyo… J’aime l’imagination et la créativité qu’il y a dans son travail, mais aussi l’émotion qu’il insuffle dans ses films d’animation. Je suis également une grand fan du Japon, donc ça joue aussi (rires) Mais j’aime vraiment le style d’animation japonais, son niveau de détail.

L’ENVIE DE DEVENIR ACTRICE

J’ai joué toute ma vie, mais je pense que le déclic s’est produit lorsque j’avais 13 ans et que j’ai fait un film intitulé Consent, à propos d’une femme appelée Louise Nicholas [qu’elle incarne jeune, ndlr]. C’est l’histoire vraie d’une Néo-Zélandaise qui a été abusée sexuellement depuis son très jeune âge et jusqu’à sa vie de jeune adulte par des membres des forces de police du pays qu’elle a traînés en justice.

Elle a mené une vraie bataille pour être crue, et je pense que c’est grâce à ce rôle que j’ai réalisé le pouvoir du jeu d’acteur. Comment il peut émouvoir les gens et comment vous êtes capable de partager des histoires très importantes à travers ce jeu d’acteur.

SON PREMIER RÔLE À L’ÉCRAN

C’était dans Existence [en 2012] oui. Nous avons tourné près de Wellington, en Nouvelle-Zélande. Dans les collines et sur des terres agricoles. Je me souviens qu’il y avait beaucoup de moutons sur les collines. Et que j’avais roulé dans l’herbe jusqu’en bas de la colline avec mon frère. J’ai été un peu effrontée sur le plateau, et mon frère m’a dit de me taire et de rester tranquille parce que je ratais des choses alors que j’aurais dû me concentrer. C’était ma première expérience sur un plateau, et je me rappelle avoir été très excitée à l’idée de pouvoir faire une pause dans ma scolarité.

Last night in soho par thomasin mckenzie : notre interview-portrait de la star du film...
Fighting Chance Films
Thomasin McKenzie et son frère Peter dans “Existence”

LE TOURNANT DE SA CARRIÈRE

Probablement Leave No Trace de Debra Granik. C’est le premier film qui m’a valu une reconnaissance internationale, ce qui était très stimulant pour moi. Nous nous sentions très chanceux et fiers d’avoir participé à ce film, et le fait que d’autres personnes semblent l’apprécier était un peu fou pour moi. Que des gens puissent être autant émus par mon travail a vraiment consolidé mon envie de poursuivre cette carrière.

Quel souvenir gardez-vous de la présentation à Cannes, à la Quinzaine des Réalisateurs ?
Je me souviens qu’il y avait de grosses tempêtes. J’étais sous une immense tente soutenue par de grands poteaux de bois sur la plage, avec un buffet. J’étais assise avec l’équipe de Leave No Trace quand, tout à coup, nous avons entendu un grand “Bang !” : l’un des poteaux était tombé sur la table du traiteur et avait brisé des assiettes. Il y avait de la nourriture partout.

Heureusement, personne n’a été blessé. Mais je me souviens du chaos à cet instant, avec les gens qui se précipitaient dehors en pensant que la tente allait s’effondrer.

LE MEILLEUR CONSEIL REÇU

Probablement un conseil que ma mère m’a donné. C’est un conseil personnel mais que je vois aussi comme un conseil pour ma carrière : elle m’a dit d’être comme l’eau d’un ruisseau, de me laisser porter et de couler librement autour des rochers et obstacles, au lieu d’être affectée par des choses qui ne sont finalement pas aussi importantes que vous pourriez le penser. C’est très poétique oui. Ma mère est une femme très poétique.

Propos recueillis par Maximilien Pierrette à Paris le 26 octobre 2021

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