A Good Man avec Noémie Merlant : rencontre autour de ce film sur la transidentité – Actus…

Transidentité et désir de parentalité sont au cœur de ce film, “A Good Man”, dont les rôles principaux sont tenus par Noémie Merlant et Soko. Nous avons rencontré sa réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar et le comédien Jonas Ben Ahmed.

L’histoire : Aude et Benjamin s’aiment et vivent ensemble depuis 6 ans. Aude souffre de ne pas pouvoir avoir d’enfant alors Benjamin décide que c’est lui qui le portera. 

AlloCiné : Quel a été le point de départ de ce film, A Good Man ?

Marie-Castille Mention Schaar, réalisatrice et coscénariste : Ce qui a déclenché, c’est une conversation simple, mais que je n’avais jamais entendue. Il s’agit d’une conversation qui a eu lieu il y a quelques années entre Jacob Hunt -qui était le sujet d’un documentaire que mon coscénariste a fait sur la transidentité, Coby- et son frère ainé.

Le sujet était la situation dans laquelle il se trouvait, à savoir qu’il devait faire son hystérectomie (procédure chirurgicale qui consiste à enlever l’utérus, Ndlr.), et en même temps, il avait très envie de devenir père, de fonder une famille avec sa compagne, qui avait une angoisse terrible de la grossesse.

Il réalisait qu’il était le seul dans leur couple qui, le plus naturellement possible, pouvait porter leur enfant, ce qui n’était pas du tout évident pour lui. D’ailleurs, il ne l’a pas fait. Mais cette discussion a déconstruit pour moi beaucoup de choses par rapport à ce qu’est être un parent, à ce désir très fort de parentalité, et à la difficulté que certains ont pour y accéder.

Tout d’un coup, le public voit ce personnage, cette histoire d’amour, quelque chose d’incarné. Cela enleve ce côté un peu tabou, irréel, fantasmé, alors qu’en fait, c’est très simple. 

J’ai beaucoup parlé avec Jacob suite à ce documentaire, et je me suis plongée dans des recherches pour découvrir que des milliers d’hommes trans aux Etats-Unis portaient leur enfant chaque année. Découvrir ces parcours, ces combats, ces difficultés… Tout ça pour arriver à ce à quoi des millions de gens arrivent avec facilité sans même se poser de questions, sans avoir aucun problème de législateur qui vient vous dire “oui, vous avez le droit d’être parent“.

C’est aussi pour ça que j’ai fait le film. Parce que tout d’un coup le public voit ce personnage, cette histoire d’amour, quelque chose d’incarné. Cela enleve ce côté un peu tabou, irréel, fantasmé, alors qu’en fait, c’est très simple.

Pour aborder ce sujet, vous avez dû faire certains choix de mise en scène. Il y a des images fortes, mais sans être pour autant dans la démonstration…

Marie-Castille Mention Schaar : Ce qui était important pour moi était d’être au cœur du sujet et donc du ressenti. Il fallait que le public puisse s’identifier, même si au départ il se sent peut être très loin de cette question, de cette histoire.

Et c’est ça qui est incroyable dans les projections que l’on fait… Les gens s’identifient : ce désir de fonder une famille, l’amour qu’on peut avoir avec son conjoint, sa conjointe et qu’on ait envie de transmettre cette histoire d’amour et en faire une filiation, les gens se reconnaissent. A la fin du film, beaucoup se disent : “En fait, ces personnes me ressemblent. Je leur ressemble. C’est quoi le problème ?“.

Quel est justement le public que vous aimeriez toucher ? Il y a sans doute l’idée d’intéresser des spectateurs pas forcément sensibilisés à ces sujets et les faire changer d’avis comme vous le disiez…

Marie-Castille Mention Schaar : C’est exactement ce que j’ai envie de faire. Sachant que ceux qui ont les plus gros a priori, il est peu réaliste de penser qu’ils viendront. D’autres, en revanche, viennent par exemple parce qu’ils ont vu d’autres de mes films. Ils viennent meme si au départ le sujet ne semble pas les concerner.

Les spectateurs sont souvent étonnés de voir à quel point le film déconstruit certaines choses dans leur esprit. 

Et puis, ils font des commentaires à la fin où ils se disent extrêmement surpris de leur réaction justement. Ils sont étonnés de voir à quel point le film déconstruit certaines choses dans leur esprit. Ce qui ressort pour eux, c’est des notions toutes simples auxquelles ils s’identifient, donc ils sont heureux de ça. Ces réactions sont vraiment touchantes.

Avez-vous également pu présenter, au cours de ces avant-premières, à la communauté trans ?

Marie-Castille Mention Schaar : On a fait une projection organisée par Représentrans qui est une association qui a été créée après les premières projections de A good man il y a un an justement pour aider à visibiliser tous les acteurs. Parce que j’avais beaucoup de problèmes pour y avoir accès.

La projection s’est très bien passée. Mais c’est la même chose : ceux qui sont venus avaient un esprit ouvert sur le sujet. Au départ, ils venaient aussi certainement avec leur propre réserve sur le film.

Il y a eu des films qui abordent la transidentité, la transition, qui ont fait d’énormes faux pas, des choses violentes pour la communauté qui en avait assez de ces erreurs. 

Il y a eu des films qui abordent la transidentité, la transition, qui ont fait d’énormes faux pas, des choses violentes pour la communauté qui en avait assez de ces erreurs. Mais je crois qu’ils ont vu ma démarche sincère par rapport au public le plus large, pour que le public le plus large avance avec ces sujets.

Et puis, comme ceux qui peuvent être très radicaux dans le fait qu’un homme trans qui porte son enfant consdère que ce n’est pas possible, il y a ceux aussi dans la communauté trans qui sont toujours radicaux qui n’iront pas voir le film. Juste par le fait que je n’ai pas pris un acteur trans pour interpréter le rôle, certains resteront fixé là-dessus. C’est bien dommage, mais c’est comme ça. Je ne peux rien y faire et ça leur appartient.

Parlons de ce choix justement qui a été très commenté il y a un an. Il s’agissait pour vous de poursuivre votre collaboration avec Noémie Merlant, et peut être car il s’agit d’un nom identifiable pour l’affiche du film ?

Marie-Castille Mention Schaar : Forcément, car je produis mes films aussi. Il y a une difficulté à aller chercher des financements surtout sur ce genre de sujets. Il y a la notoriété et le talent qui vient avec la notoriété. Ce n’est pas juste la notoriété, mais comment les chaines qui investissent connaissent le travail et le talent d’un acteur ou d’une actrice.

Mais j’ai quand même voulu rencontrer des acteurs trans pour voir si je pouvais trouver. J’en ai rencontré très peu. En considérant leur expérience et leur capacité à incarner ce personnage qui est compliqué à interpréter. En partant du principe que le vécu n’est pas gage d’interprétation, c’est même souvent le contraire. Quand on a vécu quelque chose ou quand on joue soi-même, c’est parfois beaucoup plus compliqué. Interpréter, incarner un personnage, c’est un travail, une technique.

C’est important justement de faire en sorte qu’ils puissent accéder à des rôles, à n’importe quels rôles. Etre un acteur, c’est ça. 

Il y a aussi le fait qu’il y avait quelques passages du film qui étaient avant la transition du personnage de Benjamin, et ça c’était compliqué pour certains, même à imaginer interpréter. Et puis aussi par rapport à l’expérience.

Peu d’acteurs trans ont une expérience cinématographique. Par contre, c’est important justement de faire en sorte qu’ils puissent accéder à des rôles, à n’importe quels rôles. Etre un acteur, c’est ça. C’est pouvoir accéder à n’importe quel rôle, n’importe quel vécu. C’est important que toutes et tous puissent avoir accès à du travail pour justement construire leur expérience et leur carrière.

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Jonas Ben Ahmed, vous avez été le premier acteur trans en France à jouer dans une quotidienne, Plus belle la vie sur France 3. Aujourd’hui, vous êtes le premier acteur trans en France à jouer un rôle cisgenre au cinéma…

Jonas Ben Ahmed, acteur : Dans le cinéma français, à ce que je sache, oui, il n’y a pas encore de personne trans ayant interprété un personnage cis sur le grand écran français. Donc, oui, je me retrouve à refaire une première. Je ne cherchais pas à être le premier, mais je cherchais à avoir un rôle cis.

Parce qu’Après plus belle la vie, on ne m’a proposé que ça. Soit des personnages trans, soit aussi des personnages d’arabes dealers de résine de cannabis en bas des quartiers Nord de Marseille. Je trouve ça très réducteur de vouloir jouer sur mon identité de genre ou mon identité culturelle comme si je ne pouvais jouer que ça.

C’est réduire le métier d’acteur, et d’ailleurs je n’aime pas trop l’expression acteur trans, parce que trans est un adjectif qualificatif, et ça en ferait un métier à part entière. Or moi mon métier, c’est d’être acteur.

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Marie-Castille a été la première cinéaste à l’avoir vu, même si de base elle m’avait vu pour le rôle de Benjamin. J’ai passé les essais pour ce rôle, mais on a vu, elle comme moi, que là n’était pas ma place pour moult raisons, dont celle-ci, me réduire à mon identité de genre. Ce n’est pas mon métier.

J’ai eu la chance que quelqu’un voit ça, et que quelqu’un lui dise aussi “t’as pas assez d’expérience pour un rôle principal“. Mais comment fait-on pour en avoir si on ne t’en propose pas ? C’est le cas dans n’importe quel métier. Tout le monde te demande de l’expérience, mais on ne veut pas te la donner. J’ai eu la chance d’avoir ce rôle dans A good man.

Désormais, vous n’accepterez que des rôles cisgenres ?

Jonas Ben Ahmed : Il va falloir que je fasse plus de rôles cis pendant un moment pour me détacher de la transidentité. Que ça ne soit pas “on va appeler Jonas parce que le rôle est trans”. Mais parce que le rôle me correspond, au-delà de la transidentité.

Il y a deux manières de militer quand on est un acteur concerné par la transidentité, c’est soit de ne vouloir jouer que des rôles trans. C’est un choix que je peux comprendre; chacun à ses raisons. Soit justement prendre la contrepartie et se libérer de ses chaines et justement proposer autre chose.

A good man avec noémie merlant : rencontre autour de ce film sur la transidentité - actus...
Jonas Ben Ahmed dans Plus belle la vie

Avez-vous reçu beaucoup de retours après Plus belle la vie ? Il y a l’importance, l’enjeu de la représentation avec un rôle comme celui-là, à une heure de grande écoute à la télévision.

Jonas Ben Ahmed : Oui, j’ai eu beaucoup de retours. Les plus nombreux n’ont pas été les personnes trans qui m’ont écrit sur les réseaux sociaux. Ce sont plutôt des personnes cis qui m’ont écrit, en me disant qu’en me voyant à la télé, ils ont compris ce qu’était la transidentité, et qu’ils voyaient qu’il n’y avait pas de problème. Une fois sensibilisé à la transidentité, ils ont compris quelque chose.

Et je rejoins Marie-Castille sur le mot “incarner” : quand ils voient une personne, oui, peut être que ça débloque quelque chose dans leur tête, peut être que ça véhicule une vie. Derrière une transidentité, il y a un parcours. C’est ça qu’a permis Plus belle la vie.

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J’ai aussi eu de très beaux messages de personnes trans, pas pour elles, mais plutôt pour leur coming out auprès de leurs grands parents. C’est ça qui est drôle avec Plus belle la vie. La moyenne d’âge est âgée et on croit que c’est la population qui ne comprendrait pas. Au final, tu te rends compte qu’en t’invitant dans le foyer de tout le monde, à une heure de grande écoute, ça peut vachement changer la donne.

Des gens me disaient qu’ils avaient très peur de faire mon coming out auprès de mes grands parents, car ils sont loin de ces thématiques là.  Et quand ils commençaient leur coming out, ils les coupaient en disant “t’inquiète pas, on a tout vu dans Plus belle la vie“. Au final, ils faisaient attention de ne pas mégenrer, de l’appeler par son prénom et non plus par son “dead name”. C’est même un mot qu’ils ont prononcé eux-mêmes et je trouve ça beau.

Comme quoi, il faut faire un peu de pédagogie, et pour moi, la fiction, c’est un moyen de la faire. 

 

Comme quoi, il faut faire un peu de pédagogie, et pour moi, la fiction, c’est un moyen de la faire. Tu le vois incarné et ça change quelque chose dans ton cerveau. Même quand ce sont des parcours loin du tien, il y a une identification, et ça change beaucoup de choses. C’est pour ça que j’aime beaucoup ce film; ça peut changer beaucoup de choses.

PODCAST – Séries LGBT : Netflix et les autres plateformes de streaming ont-elles révolutionné les représentations ? 

Y a-t-il des films ou séries qui ont compté pour vous justement dans votre parcours ? On parle d’images manquantes. Etait-ce le cas pour vous ? Avez-vous manqué de représentations ?

Il y a clairement des images manquantes, mais vis-à-vis de mes deux identités. Pour la représentation des personnes trans certes, mais aussi de personnes arabes. J’ai compris, très récemment, que si mon Disney préféré était Aladdin, il y avait une vraie raison ! Et en plus génial, c’est le Roi des voleurs ! Heureusement les choses changent et on a de plus en plus de visibilité.

C’est avec la série The L Word que j’ai pu comprendre, non pas ma transidentité, mais d’avoir un personnage trans qui m’ a permis de m’outer auprès de certianes personnes auprès desquelles c’était trop dur à dire. J’avais du mal à poser le mot trans sur mon identité au tout début. Et ce personnage m’a aidé à ça. Clairmement, il m’a aidé.

J’ai compris tout récemment en revoyant la série, car elle était disponible sur une platefome de streaming, que si j’aime autant les débardeurs, ça vient probablement de là ! Si j’ai rêvé d’avoir ce torse plat en débardeur, il y a peut être un lien ! Donc c’est une série qui m’a aidé à m’outer auprès de certaines personnes. Cela m’a fait un grand bien.

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