11 septembre 2001 : 5 films sur les événements qui changèrent la face du monde – Actus Ciné

Il y a tout juste 20 ans, le 11 septembre 2001, les Etats-Unis subissaient la pire attaque terroriste de leur Histoire. Un point de bascule qui changé la face du monde, et qui a largement trouvé son écho au cinéma, de manière plus ou moins directe.

11 septembre 2001 : 5 films sur les événements qui changèrent la face du monde - actus ciné

Au matin du 11 septembre 2001, entre 8h14 et 10h03 heure locale, deux avions de ligne détournés s’écrasent sur les tours jumelles du World Trade Center à New York, suivis d’un troisième sur le bâtiment du Pentagone, siège du département de la Défense, à Washington. Les deux tours en flammes s’effondrent deux heures plus tard, entraînant la chute de deux autres immeubles voisins. A bord d’un quatrième avion visant la Maison Blanche, une insurrection éclate parmi les passagers. Le vol United Airlines 93 s’échouera finalement en Pennsylvanie, tuant tout le monde à bord. Bilan de l’attentat : 2996 morts (terroristes inclus) et 6291 blessés.

Les téléspectateurs du monde entier découvrirent, horrifiés et en direct, la plus meurtrière attaque terroriste que les Etats-Unis ont connu sur leur territoire, comme un second Pearl Harbor. 20 ans plus tard, le traumatisme des images et des événements n’a pas fini de hanter la mémoire collective des américains, et le reste du monde avec…

Des événements qui ont logiquement eu des répercussions considérables, à la fois sur le plan de la politique intérieure américaine, mais aussi à l’extérieur, et de manière durable, comme en Afghanistan, que les troupes américaines ont quitté fin août dernier. Vingt ans justement après y avoir mené le tout début de leur “guerre contre le terrorisme”…

New York : 11 septembre (2001)

Si un genre s’est emparé plus rapidement que les autres du sujet, c’est bien le documentaire, qu’il porte sur le 11 Septembre lui-même ou sur le monde d’après. A ce titre, New York : 11 septembre, des frères Jules et Gédéon Naudet, est un témoignage aussi bouleversant qu’exceptionnel.

Ce jour-là, journée particulièrement chaude à New York, les frères Naudet tournaient ce qui devait être un documentaire sur les pompiers de New York. Brusquement plongés au coeur des événements tragiques, ils sont les auteurs de l’une des deux seules vidéos connues à ce jour de l’impact du vol 11 American Airlines sur la tour nord du World Trade Center.

Diffusé pour la première fois aux Etats-Unis sept mois après les attaques puis le 11 septembre 2002 en France, le film a connu d’autres diffusions, lors du 5e anniversaire de l’attentat, puis le 10e anniversaire, en 2011. Vingt ans après, ils racontent encore volontiers leurs terribles souvenirs.

Dans les semaines qui ont suivi le 11 septembre, “on n’a pas arrêté de filmer et étrangement on était poussé par les pompiers eux-mêmes. Sur « ground zero », dès qu’on avait un petit coup de mou, ils nous disaient « allez, continuez à filmer, il faut tout montrer” se souvient ainsi Gédéon Naudet, dans un entretien accordé au magazine Marianne, publié le 5 septembre dernier. “L’un des chefs est venu nous voir pour nous dire « vous savez, je crois que ce serait pas mal de commencer les interviews des pompiers dès maintenant, il ne faut surtout pas qu’ils commencent à s’enfermer sur eux parce que sinon je vais perdre mes hommes ». On a donc aménagé une salle au dernier étage de la caserne, c’est là où les pompiers nous ont raconté minute par minute ce qu’ils ont fait, vu et ressenti dans les tours… C’était hallucinant”.

La 25e heure (2002)

On aurait pu s’attarder sur 11’09”01 – September 11,oeuvre collective qui regroupe onze courts métrages de réalisateurs du monde entier, ayant en commun leur durée, exactement onze minutes, neuf secondes et une image. Si aucun d’entre eux ne reconstitue frontalement l’événement mais composent des variations autour des conséquences indirectes de cette tragédie, l’ensemble reste inégal, même si l’on retiendra volontiers le segment signé par Sean Penn mettant en scène Ernest Borgnine.

Mais on se focalisera avant tout sur La 25e heure. Né à Atlanta mais enfant de Brooklyn, Spike Lee signe avec ce film la première oeuvre majeure sur l’Amérique post 11 septembre, tant son atmosphère et son récit en sont imprégnés; entre rage, désenchantement et mélancolie.

Tiré du premier roman de David Benioff, publié en 2001, et en France sous le titre 24 heures avant la nuit, le film relate les dernières heures de libertés de Monty Brogan (formidable Edward Norton), avant qu’il ne purge sa peine de 7 ans de prison. Cette fameuse 25e heure justement évoque l’idée de perte irréparable, un point de non retour; les regrets, aussi.

La fameuse et hallucinante séquence de la diatribe de Monty dans le film, pleine de colère, de haine et d’amertume, contre tout ce qui compose le fameux Melting Pot américain,est tout à fait symbolique aussi de l’état d’esprit d’un pays alors en pleine convalescence. Dans un réflexe pavlovien, l’Amérique opère un repli identitaire, tandis que le fameux creuset multi-culturel, qui a toujours été le ciment du pays, vole en éclat. L’ennemi, c’est l’autre, l’étranger.

Des rumeurs sur des Arabes-Américains se réjouissant dans des restaurants à la suite des attentats, avaient même commencé à circuler au lendemain des attentats, et l’Islam s’est mis à rimer avec « terrorisme », visant, sans aucune distinction, tout Américain d’origine orientale.

Revoici la séquence du film de Spike Lee…

Bien que le livre soit paru avant les attentats du 11 septembre 2001, le réalisateur Spike Lee souhaitait ajouter ces éléments au film : “quand on me demande de quoi parle La 25e Heure, je réponds qu’Edward Norton joue un dealer qui passe ses dernières 24 heures de liberté dans le New York d’après le 11 septembre (…). Même si le roman et le scénario ont été écrits avant le 11 septembre, nous savions qu’il fallait inclure l’évènement dans le film. Il ne s’agissait pas d’être démonstratifs mais d’inclure cette nouvelle réalité dans le climat, dans le décor. Ignorer ce qui s’est passé et ce que cela a changé dans la ville est impossible. Ne pas en tenir compte, ne pas le présenter dans le contexte aurait été au moins une erreur, au pire un mensonge. Nous avons intégré les conséquences de cette tragédie au scénario, et c’est devenu un élément qui a été incorporé à la photo et même dans le dialogue”.

Vol 93 (2006)

Le 11 septembre 2001, à 9h28, le vol 93 de la United Airlines est détourné par plusieurs terroristes après avoir décollé avec un peu de retard. Prévenus par téléphone des événements qui viennent d’avoir lieu à New York et à Washington, les passagers se révoltent contre les assaillants. Dans la confusion générale, le vol United Airlines 93 s’écrase en rase campagne, dans le comté de Somerset, en Pennsylvanie.

En traitant un fait dramatique qui a marqué les consciences, Paul Greengrass retrouve ici un genre cinématographique dans lequel il avait excellé avec Bloody Sunday : le docu-fiction. Armé d’une mise en scène ultra-réaliste, brut, narré en temps réel, ce film porté à bout de bras par un casting de têtes inconnues a la vigueur d’un sacré électrochoc, doublé d’une puissante catharsis pour les familles endeuillées. Du grand cinéma sur un sujet éminemment douloureux, sans voyeurisme.

Dans une triste ironie, il faudra attendre 17 ans après les attentats du 11 septembre pour qu’un mémorial spécifique aux victimes du Vol 93 soit inauguré. Baptisé Tour des voix, le monument est haut de 28 mètres, avec 40 carillons pour ses 40 passagers.

The Road to Guantanamo (2006)

Un peu plus d’un mois après les attentats, le Congrès des Etats-Unis vote une loi baptisée USA PATRIOT Act. Soit Uniting and Strengthening America by Providing Appropriate Tools Required to Intercept and Obstruct Terrorism Act, traduisible en français par : “Loi pour unir et renforcer l’Amérique en fournissant les outils appropriés pour déceler et contrer le terrorisme”.

Signée par George W. Bush le 26 octobre 2001, cette loi efface la distinction juridique entre les enquêtes effectuées par les services de renseignement extérieur et les agences fédérales responsables des enquêtes criminelles (FBI) dès lors qu’elles impliquent des terroristes étrangers. Mais elle crée aussi les statuts de combattant ennemi et combattant illégal, qui permettent au gouvernement des États-Unis de détenir sans limite et sans inculpation toute personne soupçonnée de projet terroriste.

Renouvelée par deux votes, en 2006 et 2011, cette loi d’exception, conséquence directe des attentats du 11 septembre 2001, renforce énormément les pouvoirs des différentes agences gouvernementales des États-Unis (FBI, CIA, NSA) et de l’armée américaine. 

C’est sous le coup de cette loi que furent détenus de nombreux combattants dit “illégaux” à Guantanamo, sur l’île de Cuba, devenu un symbole de violations des droits humains telle que la torture et la détention illégale. Au plus fort de la crise après les attentats, ce centre de détention a accueilli jusqu’à 780 prisonniers. 20 ans après, il en compte encore 39. Certains y furent détenus plus de 10 ans, sans même avoir été inculpés…

C’est à l’aune de ce contexte qu’il faut se pencher sur le film de Michael Winterbottom, The Road to Guantanamo. Docu-drama sorti en 2006 et porté notamment par Riz Ahmed, il relate l’histoire authentique de quatre jeunes Anglais partis célébrer le mariage d’un ami au Pakistan, leur pays d’origine, fin septembre 2001. Ils ne reviendront chez eux que 2 ans et demi plus tard après un séjour prolongé à la prison américaine de Guantanamo.

Voici la bande-annonce…

“Nous avons entendu parler de l’histoire des “Tipton Three” dans les journaux. Alors nous sommes rentrés en contact avec Gareth Pierce, qui était leur avocat, pour arranger une rencontre. Nous avons rencontré Gareth et les garçons en même temps, et par chance ils étaient intéressés par l’idée de nous raconter leur histoire” racontait le cinéaste à l’époque de la sortie du film, qui repartira d’ailleurs auréolé de l’ours d’argent du Meilleur réalisateur à la Berlinale de 2006.

Et d’ajouter  : “Nous avons appris ce qui leurs étaient arrivés essentiellement lors de l’interview. Et l’une des choses les plus frappantes à leur sujet, et ce qu’ils voulaient montrer aux autres personnes, était qu’il étaient juste des adolescents anglais ordinaires ayant été rattrapés par ces évènements. Nous nous disions tous que les prisonniers de Guantanamo étaient les plus dangereux terroristes du monde, et que c’était pour cela que l’Amérique avait créé cette “prison particulière”, cependant nous les avons rencontrés et ils étaient tout à fait ordinaires. Alors nous avons voulu montrer le fossé entre les prisonniers que nous pensions trouver à Guantanamo et ceux que nous avons rencontré”. Le résultat ? Une terrifiante et impressionnante descente aux enfers, qui appuie là ou ça fait mal.

Zero Dark Thirty (2013)

Difficile d’évoquer le cinéma du 11 Septembre sans mentionner la façon dont le septième art s’est approprié les conséquences militaires de la riposte américaine, même si l’on s’éloigne des attentats eux-mêmes.

Le concept de “guerre contre la terreur” ou “guerre contre le terrorisme”, façonné par les faucons de l’Administration Bush après les attentats pour mettre en place des campagnes militaires, a rapidement débouché sur la théorisation du concept de “guerres préventives”, contre les États accusés d’abriter des groupes terroristes ou susceptibles de leur fournir des “armes de destruction massive”, cause de l’invasion de l’Irak en 2003 qui s’est juxtaposée à la guerre d’Afghanistan entamée dès octobre 2001.

De nombreux films américains ont mis en exergue cette Amérique en guerre : Green Zone, Redacted, Lions et agneaux, Battle For Haditha, Le Royaume, Mensonges d’Etat et autres Syriana pour élargir le spectre. On citera volontiers le brillant et multi oscarisé Démineurs de Kathryn Bigelow, cuisant échec commercial très injuste, qui souligne fort à propos les effets psychologiques sur certains de ces guerres préventives qui n’en finissent pas.

Zero Dark Thirty referme d’une certaine manière le chapitre, puisqu’il évoque la traque de très longue haleine, dix ans, de l’organisateur des attendats du 11 septembre  : Oussama Ben Laden, abattu dans la ville frontalière pakistanaise d’Abbottabad en mai 2011. Porté par une impériale et formidable Jessica Chastain, le film s’est d’ailleurs un temps intitulé For God and Country (“Pour Dieu et la Patrie”) et même Kill Ben Laden, un titre on ne peut plus explicite.

Avant même sa sortie d’ailleurs, le film provoqua une vive polémique. Peter King, élu républicain et président de la commission de la Sécurité intérieure à la Chambre américaine des représentants à l’époque, avait demandé l’ouverture d’une enquête concernant les relations entre le Pentagone et la cinéaste. Motif ? Le Pentagone lui aurait fourni des informations “secret defense” pour l’aider à faire son film.

La réalisatrice et son scénariste Mark Boal s’étaient vivement défendus en expliquant que leur projet était  “en développement depuis de nombreuses années et [prenait] en compte les efforts collectifs de trois administrations, Clinton, Bush et Obama […]”

Il s’est avéré que les soupçons de l’élu républicain n’étaient pas si infondés que cela. Le film avait bénéficié des conseils très éclairés de Leon Panetta (campé par James Gandolfini dans le film), l’ancien patron de la CIA. Des détails secrets furent fournis par ce dernier lors d’une cérémonie organisée au siège de la CIA en l’honneur de ceux qui avaient pris part à cette traque. Une cérémonie à laquelle assistait Mark Boal justement…

Le film de Bigelow fit aussi polémique sur un point bien précis mais très important : il accréditait l’idée que les informations qui ont amené à retrouver Ben Laden furent obtenues sous la torture, ce qui est faux. À l’époque directeur par intérim de la CIA, Michael Morell avait tenu aussi à apporter son point de vue sur la question : “Zero Dark Thirty crée la forte impression que les techniques d’interrogatoire renforcées, qui faisaient partie de notre ancien programme de détention et d’interrogation, ont été des éléments clés pour trouver Ben Laden. Cette impression est erronée. Le film prend des libertés considérables en dépeignant les agents de la CIA et leurs actions et ne peut en aucun cas être considéré comme un documentaire”.

Reste qu’au-delà des polémiques, Zero Dark Thirty est un film impressionnant, virtuose, rigoureux, à la dernière demi-heure d’une intensité folle. Une oeuvre loin des clichés va-t-en guerre que certains ont voulu lui prêter.

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